Taf Taf Juin 2024 - n°29

Edito

Le Sénégal vient de vivre une année électorale compliquée. Le président sortant a longuement hésité entre sa position à prolonger son mandat alors que la constitution le lui interdisait ou à pousser un dauphin qui manquait de charisme. Pour soutenir ce dernier et le mettre en position d’être élu, il a fait emprisonner ses opposants ce qui a entraîné de vastes manifestations violentes, réprimées dans le sang.

Le pays a été au bord de l’effondrement et de la guerre civile.

Après quelques mois de grande insécurité et d’incertitude, les institutions stables du Sénégal sont intervenues. Sans hésiter, les sages du conseil constitutionnel ont rétabli les bases de l’état de droit, les élections présidentielles ont pu avoir lieu avec un mois de retard. L’opposant Monsieur Bassirou Faye, libéré 3 semaines avant la tenue du scrutin, a pu se présenter et a finalement été élu dès le 1er tour avec 56% des voix, et ce malgré la présence de 19 autres candidats.

Ainsi le pays a pu donner une belle leçon de démocratie et de civisme au monde entier, sans sombrer dans la dictature comme au Burkina Faso, au Mali ou au Niger, Etats dans lesquels les militaires ont chassé du pouvoir tous les présidents en place.

Il faut dire que si la France a pu commettre des erreurs dans ses colonies, au Sénégal, elle avait donné, bien avant l’indépendance, le droit de vote aux Sénégalais dans certaines villes du pays. C’est ainsi qu’il y a longtemps que cette institution est entrée dans les mœurs. Depuis le départ des Français le peuple a souvent exprimé ses envies, ses souhaits ou ses désaccords à travers ses bulletins de vote. M.Abdou Diouf, M.Wade et aujourd’hui M. Sall sont des présidents qui un jour ont dû plier bagage, contre tous les pronostics, car le peuple sénégalais en avait décidé autrement. Cette stabilité permet à ENFANCE ACTION d’inscrire ses actions dans la durée et de pouvoir se projeter dans l’avenir avec tous ses amis sénégalais, ce qui n’est pas le cas partout. Avec les coups d’état chez les voisins Maliens, Burkinabés ou Nigériens, les nombreuses ONG qui oeuvraient ont dû rapidement quitter les pays, n’y étant plus les bienvenues, l’instabilité s’étant installée partout avec les dangers qui l’accompagnent.

Malgré toutes ces bonnes nouvelles, l’émigration sénégalaise se poursuit à un rythme soutenu. Les jeunes et moins jeunes continuent de quitter leur pays pour tenter de s’installer partout dans le monde mais surtout évidemment en Europe avec toutes les embûches, les dangers et tous les morts qu’entraînent de tels voyages. En Amérique, de vraies sociétés sénégalaises se sont créées dans beaucoup de grandes villes. L’attirance de nos sociétés de lumière, de trompe l’œil, de bonheur supposé continuent à envoûter, sur l’Afrique en général et sur le Sénégal en particulier, toute une frange de la population malgré l’éducation et l’enseignement qui s’y sont considérablement développés. Actuellement 90% des jeunes vont à l’école et un grand nombre obtient des diplômes de qualité, pourtant une part importante désire partir vers l’occident ce qui peut créer des difficultés même dans leur propre pays.

En effet dans le petit village de Ngay Ngay All où ENFANCE ACTION intervient depuis plus de 30 ans, la scolarisation, la santé, l’agriculture ont fait un bond considérable. Le développement est là avec l’amélioration du bien-être matériel. Il y a des sages-femmes, des éducateurs, des entrepreneurs, des instituteurs originaires de ce village mais parallèlement il y a moins d’agriculteurs, moins d’éleveurs. Les jeunes sont moins intéressés pour rester dans le village ce qui entraîne un exode et un désir de nouveaux horizons au delà des mers.

Voilà les nouveaux challenges qui attendent les gouvernements sénégalais : faire évoluer leur pays tout en gardant les forces vives éduquées chez eux.

Documents à télécharger

Revenir en haut